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A Desnié, la permaculture se conjugue au futur

Reportage Permaculture

A Desnié, la permaculture se conjugue au futur

Par Jehanne Bergé | septembre 2018
Près de Theux, à 30 minutes de Liège, la Ferme de Desnié, haute perchée dans le joli paysage ardennais, fait office de jardin d’Eden version bio. Rencontre avec Jean-Cédric Jacmart, qui nous partage les secrets de la permaculture, à la recherche de l’équilibre parfait entre l’humain et la nature.

Une après-midi d’été, nous retrouvons Jean-Cédric Jacmart dans la bergerie de la ferme de Desnié. « Venez, je vous emmène faire un tour ». Le domaine absolument magnifique abrite une zone de maraîchage biologique en permaculture, un jardin pédagogique en forme de mandala, un verger conservatoire et de nombreux arbres et massifs fruitiers, des mares, des haies, des chevaux, un troupeau de moutons, des ruches, des poules, des chats, des canards mangeurs de limaces et bien-sûr tout le reste de la vie sauvage… On ne sait où donner de la tête. « Dans le plan de culture en comptant les fleurs, les aromates et les légumes on est à plus de 120 espèces », annonce l’agriculteur. Difficile dès lors de s’imaginer qu’il y a trois ans à peine, ces terrains n’étaient qu’herbes et marécages.

Le secret de cette abondance? La permaculture. Avant toute chose, rappelons les grands principes de cette méthode globale théorisée par les deux Australiens, David Holmgren et Bill Mollison, dans les années 1970. Elle est à la fois une éthique, une philosophie, une science et une méthode pour planifier, concevoir, aménager et maintenir des (éco)systèmes très productifs, ayant la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels. Elle permet l’intégration harmonieuse et écologique de la géographie et des personnes, pour produire l’eau, la nourriture, l’énergie, l’habitat, la sécurité, la gestion des déchets et les autres besoins matériels et immatériels des sociétés humaines, d’une manière soutenable, régénérative, efficace et éthique, et ce à toute échelle.

Nous continuons le tour du propriétaire avec Jean-Cédric jusqu’à la mare. « L’un des principes fondamentaux de la permaculture est que pour augmenter la résilience d’un système, chaque élément à plusieurs fonctions et que chaque fonction est remplie par plusieurs éléments. Par exemple, la mare remplit plusieurs fonctions comme développer la biodiversité, servir d’abreuvoir pour les bêtes, réservoir à prédateurs, réserve énergétique, irriguer les cultures ou encore apporter de la beauté », explique-t-il. Rien n’est laissé au hasard, tout est pensé et réfléchi à travers un design préalable.

Pas de pétrole, pas de papier toilette

A la ferme de Desnié, on tend vers le 100% sans énergie fossile. Ce n’est malheureusement pas un scoop, la demande planétaire est toujours croissante alors que l’accès au gaz et au pétrole devient de plus en plus cher. Et surtout, on épuise les ressources et dans un futur très proche, il ne restera plus rien. Pour Jean-Cédric, la clé c’est l’anticipation, la résilience. « Comment feront les gens quand il n’y aura plus de pétrole? Le monde entier est dépendant des énergies fossiles mais… pas de pétrole, pas de pq. En général quand je dis ça, les gens comprennent enfin », clame-t-il en riant au beau milieu des fleurs.

« Notre démarche est celle de l’action en conscience et celle d’être orientés solutions.  On veut être une ferme post-pétrole, l’idée est de vivre sans énergie fossile. On travaille tout à la main, on utilise des outils low tech mais performant. »

L’homme au regard clairvoyant recommande par ailleurs la série « next » de Clément Montfort.

Les nouveaux agriculteurs, la solution vers un monde meilleur?

Nous arrivons sous les serres disposées en terrasse. Face à une vue à couper le souffle, le spécialiste en permaculture affirme « 80% de l’avenir de l’agriculture en Europe repose sur les nouveaux agriculteurs. Depuis 40 ans on a perdu 70% de nos fermiers en Belgique. Notre mission, c’est aussi celle d’enrayer la disparition alarmante des fermes dans notre pays au profit de grosses exploitations agricoles peu respectueuses de l’environnement. » La ferme de Desnié est également un centre de formation en permaculture. « Les gens qui ont fait un burn out qui veulent changer de vie, j’en vois ici par centaines, ils veulent se sentir utile et contribuer à un avenir meilleur. » Aussi, de jeunes urbains sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les métiers de l’agriculture. A l’image de Max, en formation à la ferme ou encore de Michael Dossin, l’associé de Jean-Cédric, responsable des cultures. « Avant je travaillais et je vivais dans un appartement conventionnel et puis en 2010, j’ai racheté une yourte et j’ai commencé à cultiver mes légumes dans un écrin de verdure sauvage. Progressivement j’ai développé un modèle de maraîchage intensif qui a mené à l’abondance », confie Michael. Les deux hommes forment aujourd’hui une belle équipe sur le terrain comme dans la vie.

La quête de sens comme leitmotiv

Après avoir mené une vie à cent à l’heure, Jean-Cédric a, lui, eu besoin de se tourner vers la nature et de placer l’éthique au centre de sa vie. Nous nous attablons autour d’une belle salade du jardin préparée avec soin par ses fils, alors qu’il explique comment est né le projet. « J’ai survécu à une polyarthrite rhumatoïde invalidante et à un accident grave en parapente. Pour guérir, je me suis intéressé aux médecines holistiques et naturelles. » C’est à travers l’aviation qu’il découvre la région de Spa. Après avoir créé et dirigé une boîte de pub, il se lance dans un business de location de maison de vacances pour une entreprise hollandaise. En 2004, c’est en prospectant qu’il tombe sur le terrain de la ferme. Le coup de foudre est immédiat. « Je me suis dit, je l’achète et je verrai plus tard ce que j’en ferai. Le projet est resté en stand-by pendant dix ans. En 2013 je suis allé me former dans deux lieux totalement magiques. Les Amanins d’abord, en Drôme, un centre agroécologique créé par Michel Valentin, un entrepreneur qui souhaitait faire quelque chose d’utile pour le monde suite à sa rencontre avec Pierre Rahbi. C’est là que s’est installée également l’Ecole du Colibri d’Isabelle Peloux. Ensuite, j’ai suivi la formation complète en permaculture à la Ferme du Bec Hellouin, où Charles et Perrine, ses propriétaires, m’ont prodigué une formation complète à la permaculture qui me permet d’être à mon tour formateur. » Ensuite, les choses se sont enchaînées. « J’aime bien l’enthousiasme et avancer », confie-t-il serein. Un projet de vie inspirant, c’est le moins qu’on puisse dire. La ferme de Desnié est un super exemple de réussite pour les générations futures qui devront vivre demain sans les énergies d’aujourd’hui. Et comme conclut si bien Jean-Cédric : nous avons besoin d’utopies, de poésie et de rêves…

Pour aller plus loin

A la Ferme de Desnié, Jean-Cédric et ses partenaires organisent beaucoup d’activités: vous pouvez y suivre, entre autre, des cours certifiés de permaculture, suivre des cours de jardinage… Mais Jean-Cédric partage aussi sa propre aventure personnelle au travers ses activités de coach de vie.

Pour tout renseignement complémentaire, n’hésitez pas à visiter son site web: https://www.desniepermaculture.farm.



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