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Internet, ce géant qui pollue la planète

Tendance Pollution

Par Jehanne Bergé  – Août 2019

Internet, ce géant qui pollue la planète

Invisible, fluide, le monde 2.0 donne l’illusion d’être propre et sans effet néfaste pour l’environnement… Et pourtant, loin d’être virtuelle la pollution d’Internet est bien réelle et beaucoup plus impactante qu’on ne l’imagine. On vous explique tout.

Aujourd’hui, dans le monde, une personne sur deux utilise Internet. En 2018, selon le Rapport Digital Annuel, le cap des quatre milliards d’internautes a été dépassé. Googler, envoyer un e-mail, scroller sur les réseaux sociaux, télécharger une vidéo, swiper sur Tinder, faire ses achats en ligne, écouter de la musique en streaming, ces gestes devenus presque automatiques sont loin d’être neutres au niveau de notre empreinte écologique. Prendre conscience de cette réalité et envisager des pistes de solutions, voici le challenge de cet article (écrit malheureusement lui aussi en polluant à coup de recherches, d’échanges de mails, de vidéos de conférenciers, d’appels WhatsApp…). Et si en plus de consommer durable ou de favoriser la mobilité douce, on surfait aussi de manière responsable ? Allez, on se lance !

Un simple mail… Pas si innocent

Par où commencer ? Peut-être par cette action tellement anodine : l’envoi d’un mail. Un simple courriel rejette en moyenne 10 grammes de CO², soit l’équivalent de ce que peut absorber un arbre en une journée. On estime qu’un mail parcourt en moyenne 15 000 km et ce même s’il est à destination de notre voisin de bureau. Une fois que l’on clique sur  » envoyer « , le courriel emprunte un câble en cuivre pour rejoindre un serveur. De là, il est envoyé dans un data center qui l’analyse. Ensuite, il traverse l’Atlantique pour se rendre dans le data center de l’hébergeur de la messagerie qui se trouve généralement aux États-Unis. Une fois que le mail est traité, il refait le chemin inverse pour atterrir dans la boite de réception de notre destinataire. Tout ça en un temps record et en consommant de l’énergie. À savoir, plus la pièce jointe est volumineuse, plus l’envoi pollue. Un fichier d’un mégaoctet équivaut à la consommation électrique d’un ordinateur en veille pendant 8 heures. Ou encore, selon Energuide.be, l’échange de 20 e-mails par jour et par utilisateur représente, sur une année, les émissions de CO2 de 1000 km parcourus en voiture.

Autant de pollution que les avions

Selon l’ONG Greenpeace, Internet, s’il était un pays, serait au troisième rang mondial des plus gros pollueurs. Gloups ! Sa pollution est comparable à celle du transport aérien. Toujours selon Energie.be, en 2018, les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) ont représenté de 6 à 10% de la consommation mondiale d’électricité, soit 4% de nos émissions de gaz à effet de serre. Un internaute par an c’est aux alentours de 200 kilos de gaz à effet de serre, 3000 litres d’eau et environ 350 kwh d’énergie. Sans oublier que la consommation d’électricité du secteur du numérique ne cesse d’augmenter, elle est même exponentielle. Thomas Wansart a lancé l’ASBL Émission Impossible pour sensibiliser aux enjeux du changement climatique. Il conseille aux utilisateurs d’installer l’extension de navigateur (ou add-on) « Carbonalyser » qui permet de visualiser la consommation électrique et les émissions de gaz à effet de serre associées à notre navigation internet. « Toutes nos actions ont un impact, l’objectif est de limiter celui-ci. Il est préférable de privilégier le wifi à la 4 g et le câble au wifi », ajoute-t-il.

Les data centers, de gros gourmands

Les data centers sont d’énormes centres qui traitent et qui stockent nos données. Que ce soient les albums photos Facebook, les mails accumulés dans la boite, le feed Instagram…. Ces giga centres gardent toutes les informations et fonctionnent 24h/24. Leurs besoins en énergie électrique sont immenses et la plupart d’entre eux fonctionnent avec des énergies fossiles. Comme l’explique Greenpeace, si les géants du secteur choisissent le chemin du 100 % d’énergies renouvelables, notre dépendance grandissante à Internet pourrait devenir un catalyseur de la transition vers une économie reposant sur les énergies vertes. À l’inverse, si le développement d’Internet entraîne une demande toujours plus forte en électricité issue du charbon et autres sources d’énergie polluante, la transition énergétique sera beaucoup plus longue et coûteuse. Un très gros data center frôle les 100 millions de watts (100 MW), soit un dixième de la production d’une centrale thermique. Cette importante consommation s’explique notamment par la nécessité de faire tourner les serveurs et refroidir les circuits électroniques à l’aide d’une climatisation.

Les grandes entreprises du net, des acteurs majeurs

Dès 2009, Greenpeace a commencé à évaluer les performances énergétiques du secteur informatique. L’ONG a demandé aux plus grandes entreprises du net de s’engager pour un approvisionnement basé à 100 % sur des énergies renouvelables. Les géants tels que Facebook, Apple et Google ont été les premiers à s’être engagés pour un Internet vert. Thomas Wansart nous met cependant en garde face au greenwashing de Apple qui niveau hardware n’est pas ce qu’il y a de plus écolo. Aujourd’hui, Greenpeace demande à d’autres entreprises du secteur (Amazon, Twitter, Netflix et Pinterest) de se joindre au mouvement. Netflix, le géant du streaming vidéo, a toujours recours à des énergies sales, comme le charbon. Or, les vidéos sont une source de consommation d’énergie très importante. Une pétition a été lancée pour demander à Netflix d’abandonner les énergies polluantes et de s’engager pour un approvisionnement 100 % renouvelable !

Vers la sobriété numérique

Comme pour le reste, la meilleure solution est de moins et mieux consommer le monde digital. The Shift Project propose une définition de la sobriété numérique : acheter les équipements les moins puissants possibles, les changer le moins souvent possible, et réduire les usages énergivores superflus.
Julien Vidal est le fondateur du site « Ça Commence Par Moi », une plate-forme pédagogique pour participer à la transition. Le jeune homme a décidé de se mobiliser pour lutter contre le fatalisme ambiant dans le but de construire une société plus juste, plus durable et plus heureuse. Outre la nécessité d’adopter la sobriété numérique, il insiste sur l’aspect « hardware », en effet la production des ordinateurs, smartphones et serveurs est extrêmement polluante, sans oublier l’obsolescence programmée, mais c’est encore un autre sujet… En attendant, voici ses conseils de petits gestes à adopter au quotidien pour diminuer sa consommation énergétique liée au 2.0.

  • On regarde nos séries préférées ou nos docus favoris en streaming en basse définition, ou on en profite pour inviter des amis, histoire d’optimiser le moment en partageant l’écran.
  • On évite les pièces jointes volumineuses dans nos e-mails, on compresse les gros docs et/ou on favorise les liens comme par WeTransfer par exemple.
  • On ferme ses onglets grâce à Tab Suspender.
  • On laisse tomber les destinataires multiples en CC ou CCI si ce n’est pas vraiment utile.
  • On supprime les mails traités, toute donnée stockée en ligne consomme de l’énergie.
  • On garde ses documents, photos, vidéos sur un disque dur externe plutôt que sur le Cloud.
  • On se désinscrit aux newsletters qu’on ne lit pas, grâce à l’outil Cleanfox pour se désabonner de tout ce qu’on veut en un clic.
  • La nuit, on éteint son ordi, son routeur, son smartphone et/ou sa tablette.
  • On troque Google pour Ecosia, l’argent récolté via leur moteur de recherche est utilisé pour planter des arbres pour réduire leur empreinte carbone.
  • On fait un tour sur JustDeleteMe, un outil qui permet de supprimer les comptes qu’on a créé un peu partout et qui ne servent à rien.
  • On évite d’écouter ses playlists sur Youtube (pas besoin de vidéos pour profiter de la musique) et on passe à Spotify par exemple.

Comme nous l’explique Julien Vidal, l’éducation à la sobriété digitale ne se fait pas en deux secondes trente… « Comme tous les autres changements de comportement, il faut prendre le temps d’acquérir de nouvelles habitudes… Par exemple, ce mois-ci, on trie les photos, le mois prochain les mails… Vouloir s’attaquer à tout d’un coup ce n’est pas possible. Prenez le temps de vous habituer. C’est un marathon pas un sprint… »



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