Rob Hopkins

ROB HOPKINS : LE POUVOIR DE L’IMAGINATION POUR UN MONDE EN TRANSITION

Rob Hopkins est connu comme l’initiateur du réseau des villes en transition. Positif, inspirant, excellent orateur, nous l’avons rencontré lors de son passage en Belgique.

« Imaginer le futur et le construire », tel est le programme du mouvement des initiatives en transition. Au commencement, il y avait Rob Hokins, c’est lui (entre autres) qui a initié le changement en 2005, en mettant en place des actions concrètes dans son village de Totnes, au Royaume-Uni. Depuis, l’idée a connu un engouement international et des projets sont nés dans le monde entier. Aujourd’hui, on compte des milliers d’initiatives de groupes locaux inspirés par sa démarche. Rob Hopkins était de passage par nos contrées, nous en avons profité pour nous inspirer de ses pensées. Dans le cadre de la sortie de son dernier ouvrage « From What is to What if  : libérer le pouvoir de l’imagination pour créer le futur que nous voulons », il a présenté ses recherches autour de l’imagination au service de la Transition écologique lors de plusieurs conférences. Son discours réveille les passions et les envies de changement dans le contexte anxiogène de notre époque. En route vers de meilleurs lendemains à grands coups de « et si »…

Penser positif

Namur, un soir de pluie, mais dans l’auditoire Pedro Arupe, la chaleur humaine est palpable. Dans la salle comble, beaucoup de jeunes venus écouter celui qui a déjà inspiré le changement aux quatre coins de la planète.

On ne va pas se mentir, entre les discours obscurantistes, les catastrophes climatiques, la destruction de l’écosystème, nous ne vivons pas une aire tout à fait radieuse. On aurait tendance à perdre espoir et là, bim, le discours de Rob Hopkins insuffle une énergie créatrice sans pareille.

Quand nous lui demandons ce qu’il répond aux personnes qui pensent que c’est trop tard, que le mal est fait, que nous sommes fichus ? Rob Hopkins nous déclare : « Je leur dis que peut-être qu’ils ont raison de penser que c’est trop tard mais si on se dit que c’est trop tard, c’est sûr que c’est trop tard. A travers l’histoire, il y a eu des gens qui ont créé des mouvements qui ont permis de grands changements mais si ces personnes s’étaient dit que c’était trop tard, il n’y aurait pas ces changements. C’est le moment de faire quelque chose d’extraordinaire au contraire. »

Et si…

Invitée par la Maison de l’écologie de Namur ce soir-là, Adelaïde Charlier, coordinatrice francophone du mouvement Youth for climate belgium, exprime au public ses peurs quant au futur, rappelant que malgré l’immense mobilisation citoyenne, les politiques ne réagissent pas ou trop peu. Rob Hopkins enchaîne en proposant à la jeune fille et à l’assemblée d’imaginer « Et si ces grèves des jeunes étaient le point de basculement avant le changement ? »

Déclarer l’état d’urgence climatique invite à l’imagination. Pour le penseur, c’est une occasion historique pour redynamiser collectivement notre imagination… Pendant une heure et demie, il propose à l’auditoire d’ouvrir son imagination pour envisager un avenir positif. « Et s’il n’y avait plus d’énergie fossile à Bruxelles, à quoi la ville ressemblerait-elle ? Imaginons 2030, un pays métamorphosé à la suite de la cascade positive initié par les jeunes et les manifestations climats… »

Plus de voitures, des potagers pour remplacer les places de parking, des enfants qui jouent dans les rues, le chant des oiseaux, plus de bruits de moteurs… Il rappelle qu’il faut pouvoir imaginer le monde pour lequel on veut lutter. « Et si… », deux mots simples qui ouvrent le champ de tous les possibles. « Pour chaque question et si, notre but est ensuite de trouver des solutions. Notre rôle est de supprimer les obstacles pour atteindre nos objectifs. »

Raconter des histoires

L’expert insiste sur la nécessité de raconter des histoires où le futur tourne bien. À force d’être confrontée aux mauvaises nouvelles, la population devient insensible aux infos catastrophiques qu’on apprend à travers les médias. « Les récits positifs autour de la transition écologique sont les plus efficaces pour mobiliser les gens. Nous avons besoin d’histoires qui nous montrent à voir l’avenir sous une autre perspective, des histoires pour imaginer le futur que l’on veut. »

Et raconter des récits positifs commencent selon lui, par cesser de répéter que nous ne pouvons pas combattre le changement climatique. Il faut penser au-delà, de nos réalités. Oser sauter dans un monde qui n’existe pas encore…

Repenser le système éducatif et se laisser de l’espace pour créer

Rob Hopkins propose de réveiller l’imagination, en changeant le système éducatif qui a tendance à écraser l’imagination des jeunes au lieu de la stimuler. L’école doit devenir un lieu où l’on crée et essaye, teste et imagine. Selon lui, d’un point de vue général, les enfants jouent moins qu’avant. « L’un des déclins de l’imagination est lié au déclin du jeu. Avant les enfants jouaient tout le temps ensemble. Le jeu et l’humour sont des instruments de changement. Des enfants qui ne prennent plus de risques deviennent des adultes qui ne prennent pas de risques », déclare-t-il.

Une fois arrivés dans la vie professionnelle, beaucoup de gens sont dépassés par le boulot et tout le reste à gérer et ils n’ont plus assez de temps pour rêver et imaginer. « Nous perdons la capacité à nous ennuyer. Mais c’est quand on s’ennuie que l’imagination se déploie. »

Aussi, l’utilisation des smartphones et des écrans en général réduit notre capacité d’attention et donc notre capacité de création. Nous sommes sans arrêt sollicité. « Van Gogh aurait il peint son bouquet s’il avait eu l’occasion de scroller sur Instagram ? », plaisante l’Anglais.

Imagination VS Innovation

« Nous vivons une époque de grande anxiété, et selon des recherches en neurosciences, lorsque nous sommes dans un état d’anxiété, notre capacité d’imagination diminue. Nous vivons une période de crise qui exige des réponses imaginatives alors même que notre puissance imaginative commune est appauvrie. L’impact du changement climatique va encore s’aggraver, entrainant l’augmentation du niveau de stress et réduisant toujours plus notre capacité à imaginer. Nous devons donner la priorité à l’imagination à tous les niveaux, dans notre éducation, dans la vie publique, dans l’économie. »

Comme Rob Hopkins, le met en avant, le concept d’innovation est encouragé par les gouvernements, mais les autorités ne parlent jamais d’imagination. « L’innovation c’est bien quand le modèle fonctionne mais si le modèle de base ne fonctionne plus et, est destructeur alors, il faut faire appel à l’imagination pour pouvoir proposer de nouvelles idées. »

Selon lui, nous avons besoin de stratégies nationales en matière d’imagination, de politiques qui la cultivent et l’encouragent pour ensuite les idées en projets dans la réalité. « J’ai interviewé une femme à Mexico City, où un Ministre a créé un Ministère de l’imagination. Cela semble tout droit tiré d’Harry Potter, mais, ça fonctionne. A Bologne, il y a un bureau de l’imagination civile, qui agit entre la municipalité et les citoyens.  L’imagination ce n’est pas un luxe, plus on répartit la capacité à imaginer mieux on s’en sortira. Que se passerait-il si en Belgique, on maximisait l’imagination dans chaque organisation publique, s’il y avait un traité national de l’imagination ? »

Rob Hopkins conclut en nous laissant imaginer sa proposition de départ. Adelaïde Charlier et un jeune homme lisent « la déclaration historique imaginée par le penseur » :  Nous sommes en 2030, la Belgique est devenue neutre en émission carbone, on utilise 90% d’énergie renouvelable, on maximise l’économie circulaire, la consommation locale… et tout ça grâce aux grèves des jeunes qui ont constitués le basculement vers le changement.

L’auditoire conquis, applaudit.

Et si…

Réseau Transition Belgique

La Transition est un mouvement de citoyens qui se réunissent pour réimaginer et reconstruire notre monde. Nourriture, énergie, bâtiment, éducation, économie… Les champs d’actions sont nombreux et variés. Le seul point commun à tous les groupes participants est qu’ils mettent en place des solutions concrètes à leur échelle. Le réseau Transition est présent dans plus de 50 pays, et existe à travers des milliers d’initiatives.

Le mouvement de Transition s’est bien installé en Belgique. Il y a des initiatives à Bruxelles, en Flandre et en Wallonie. « Encourager, inspirer, mettre en lien et offrir du soutien aux Initiatives de Transition ainsi qu’en favoriser l’émergence », c’est l’objectif du Réseau Transition en Belgique francophone. Né des initiatives en 2012, il développe de nombreuses formations, des actions, des outils et publications, des événements, des rencontres…

Pour soutenir ou rejoindre le réseau c’est par ici : https://www.reseautransition.be/

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