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Tous en selle à Bruxelles

Société Vélo

Tous en selle à Bruxelles

Par Jehanne Bergé  – Avril 2019

Selon l’asbl ProVélo, 4% des déplacements à Bruxelles se font à vélo, un chiffre qui a doublé depuis 2010. La petite reine s’impose dans l’espace public et on s’en réjouit. Serrez bien votre guidon, c’est parti pour un tour d’horizon à deux roues !

Liberté, vitesse, santé, le vélo c’est la vie. Demandez à un cycliste de troquer sa bicyclette pour le métro ou les embouteillages, il ou elle vous rira probablement bien au nez. Et pourtant, même si nous sommes de plus en plus nombreux à pédaler, les pistes cyclables sécurisées restent insuffisantes et le trajet maison-boulot ressemble encore trop souvent à un parcours du combattant. Progrès mais mécontentement, tout n’est pas si rose sur la selle…

Le grand boom

Selon l’Observatoire du Vélo en Région Bruxelles-Capitale, le nombre de cyclistes à Bruxelles a augmenté de près de 16% en 2018 par rapport à l’année précédente. Une progression qui suit son cours, on comptabilise deux fois plus de vélos sur les routes en 10 ans. Il n’y a jamais eu autant de cyclistes en région bruxelloise qu’aujourd’hui, et ça c’est plutôt cool. 63% des cyclistes sont des hommes, 35% des femmes, 2% des enfants. Le vélo électrique séduit 11% des usagers. Et fun fact, 1000 cyclistes par heure passent par la rue de la Loi. Pas mal…

Les deux roues au quotidien

Mélodie, 29 ans roule en vélo tous les jours et ce, depuis deux ans. Elle nous raconte son parcours de cycliste. « C’est lors de la journée sans voiture que j’ai découvert le plaisir de rouler à Bruxelles. J’ai vite réalisé que j’irais aussi vite (voire plus vite) à vélo qu’en transport au travail, j’ai pris goût et je n’ai plus jamais lâché ma petite reine. » Côté avantages, Mélodie cite l’amélioration de la condition physique, la facilité de faire une petite course sans devoir calculer son itinéraire en fonction de la STIB, mais aussi le fait de pouvoir rentrer facilement (et gratuitement) le soir et ce, peu importe l’heure. Sans oublier la rapidité : « Bruxelles est une petite ville, depuis le centre en 15 minutes, tu peux aller partout. » Du côté des inconvénients, la jeune femme n’hésite pas une seconde : les voitures. « Les gens sont complètement malades. En plus, les routes ne sont pas adaptées. Il y a des pistes cyclables dans des rues à sens interdit, les voitures ne s’attendent pas à te voir arriver. J’ai eu un accident à un feu rouge où j’avais la priorité de droite. J’ai fait un plongeon au-dessus de la voiture. Depuis, je ne pédale jamais sans ma GoPro pour pouvoir témoigner. » Mélodie relate ses aventures cyclistes sur Instagram, où elle invite ses followers à se lancer à vélo. A coups d’humour et de second degré, elle éduque sa communauté à la culture deux roues. « Si je n’avais pas porté de casque pendant mon accident, je ne sais pas ce qui me serait arrivé… Avoir des lumières en ordre et une veste réfléchissante le soir c’est super important, faut rester vigilant.e», confie-t-elle.

« C'est lors de la journée sans voiture que j'ai découvert le plaisir de rouler à Bruxelles. J'ai vite réalisé que j'irais aussi vite (voire plus vite) en vélo qu'en transport au travail, j'ai pris goût et je n'ai plus jamais lâché ma petite reine. » Crédits : Mélodie

Lutter pour plus de sécurité

Selon les chiffres de l’institut Vias, (ancien l’IBSR (Institut Belge pour la Sécurité Routière)), la Belgique a enregistré, entre 2017 et 2018, une diminution des tués sur la route. Malheureusement, du côté des cyclistes, on déplore au niveau national 44 tués sur place (+10%) et 9.955 accidents corporels (+9%). Sur nos routes, le sentiment d’insécurité constitue un obstacle majeur à l’utilisation du vélo pour les usagers. Les accidents les plus fréquents ont lieu autour des carrefours, lorsque le cycliste et l’opposant circulent sur des voiries sécantes ou lorsque les automobilistes ouvrent leur portière ou encore lors de chutes causées par un revêtement en mauvais état ou un sol glissant, par la présence d’un obstacle, d’une bordure ou encore de rails de tram. « Zéro tué et 50% d’accidents graves en moins à vélo » est l’un des objectifs que porte le GRACQ, le Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens. Pour y arriver, ils militent pour de meilleures infrastructures cyclables, la généralisation du 30 km/h en agglomération et plus de formations au vélo et aux enjeux de la cohabitation et du partage de la route.

Réappropriation de l’espace public

Au niveau des actions militantes, les cyclistes ne sont pas en reste. Le rendez-vous est fixé le dernier vendredi de chaque mois à Porte de Namur à 18h. Ils partent en groupe rouler dans les rues de Bruxelles lors des masses critiques. Chacun.e a ses raisons d’y participer. Certains voudraient voir moins de voitures circuler dans les rues de nos villes, d’autres sont préoccupés par le réchauffement de la planète, et beaucoup en ont marre des risques pour la santé et le manque de sécurité que subissent les cyclistes. Il y en a aussi qui viennent juste pour s’amuser et profiter de l’ambiance électrique. Ces manifestations ont lieu dans plus de 100 villes à travers le monde. Si suffisamment de cyclistes roulent ensemble dans un groupe, ils peuvent dominer n’importe quelle rue et ralentir la circulation à leur rythme.

La masse critique démarre de Porte de Namur à 18h le dernier vendredi de chaque mois. Crédits : Critical mass Brussels

Vélo-Boulot-dodo

Revenons sur les aspects positifs de la petite reine… L’Organisation Mondiale de la Santé recommande 30 minutes d’exercice par jour. Si vous vous déplacez en roulant, vous dépasserez ce résultat très rapidement. Aussi, pédaler provoque une diminution des risques de cancer, de diabète ou de maladies cardio-vasculaires… Enfin, rouler à vélo permet un allongement de l’espérance de vie de deux ans, risques d’accidents inclus. Et pour ceux qui se poseraient la question, l’usage du vélo électrique est lui aussi tout à fait bénéfique. « En dépit de leur assistance électrique, les E-bikes disposeraient d’un potentiel d’amélioration de l’aptitude cardio-respiratoire comparable à celui du vélo classique ». C’est le Clinical Journal of Sport Medicine qui le dit !

Les ateliers

Vous voilà convaincus ? Plus qu’à vous procurer un vélo (il en existe dans toutes les gammes de prix), mais ce n’est pas tout, si vous voulez le garder des années, il faut l’entretenir. Et pour ça, rendez-vous aux ateliers vélo. Il existe différents types d’ateliers, certains effectuent simplement vos réparations, d’autres mettent à votre disposition les outils dont vous avez besoin, d’autres encore ont développé une approche pédagogique et vous accompagnent dans la réparation de votre vélo pour plus d’autonomie. Les Ateliers de la rue Voot et Cyclo proposent des cours de mécanique vélo histoire d’aller encore plus loin. Dans chaque quartier, vous trouverez un atelier : n’hésitez pas, l’ambiance y est souvent très sympa.

Des ateliers proposent des cours de mécanique vélo pour aller encore plus loin. Crédits : Cyclo.

Stop aux vols de vélos

Et maintenant, le tout est de ne pas vous faire piquer votre nouveau moyen de transport préféré. Le vol de vélos à Bruxelles est un véritable fléau. C’est bien simple, tout le monde connaît quelqu’un qui s’est fait chiper son vélo. Pour dissuader les voleurs, il y a l’option vieille bécane pourrie dont personne ne voudrait ou bien plus pratique : mybike.brussels. Cette solution mise en place par la Région, est une nouvelle plate-forme qui permet d’enregistrer son vélo et de l’identifier via un sticker. Si le vélo est volé, il peut facilement être signalé et repéré. Le site internet et les stickers ont été conçus en collaboration avec les associations cyclistes et les zones de police.

La livraison à vélo : le futur c’est maintenant

Bonne nouvelle, niveau transport de marchandises, ça bouge aussi… Remplacer les véhicules utilitaires motorisés par des vélos pour 25% des livraisons urbaines d’ici 2030, c’est l’ambition de la toute récente BCLF – la Belgian Cycle Logistics Federation. Le développement de l’e-commerce a entraîné une explosion du nombre de camionnettes. Une solution pour contrer ce phénomène polluant ? Les livraisons à vélo qui allient faible impact environnemental et économie en circuit court. Sacha, administrateur et livreur chez Molenbike, nous parle de cette jeune coopérative de livraison à deux roues : « La genèse du projet remonte à l’été 2016 lors de la faillite de Take Eat Easy, les livreurs ont alors été brutalement laissés sur le carreau. Trois coursiers et moi-même avons déposé un projet chez Coop City, on y a rencontré deux autres porteurs de projets vélo et progressivement nous avons décidé d’unir nos forces et avons lancé Molenbike. Nous travaillons sur les 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale. Nous sommes fiers d’avoir Färm parmi nos clients historiques, nous avons démarré notre activité avec des tournées de livraison et de revalorisation entre Färm.cook et les magasins. On a commencé par le secteur alimentaire, mais on s’est rapidement ouverts aux autres secteurs qui ont des marchandises transportables en vélo-cargo. Pour l’essentiel, nos clients ont conscience de l’empreinte écologique de leur activité, nous intervenons en leur proposant une solution de transport faible en carbone et imbattable en termes de rapidité dans les rues congestionnées de notre capitale. De grands acteurs économiques sont en train de reconsidérer leurs méthodes de livraison. Nous pouvons transporter jusqu’à 99 kilos d’un coup, roulons entre entre 40 et 80 km par jour et sommes en pleine croissance grâce à l’usage d’outils connectés. J’aime la transversalité de mon travail, la vision d’ensemble de tout le processus est vraiment intéressante. A ce stade, le seul bémol, ce sont les automobilistes qui ont du mal à partager la voie publique. Heureusement, les mentalités sont en train d’évoluer et à peu près tout le monde perçoit le vélo comme une véritable solution face aux défis logistiques et écologiques en ville. »

Molenbike, une jeune coopérative de livraison à deux roues. Crédits : Molenbike.

Des cafés-cyclistes, la tendance

Les capitales européennes voient naître un nouveau concept : les « cafés cyclistes ». Ces nouveaux types de bar-café sont à mi-chemin entre l’atelier vélo et le petit resto. On y propose aux cyclistes confirmés ou en devenir, un espace de détente autour de la culture vélo. A Bruxelles, les projets (pour l’instant temporaires) Marcel et Tandem ont accueilli les curieux dans leur univers cyclistes autour de délicieuses douceurs. Florent est l’un des fondateurs de Tandem, il nous explique leur démarche : « L’idée c’est de faire en sorte que le vélo soit quelque chose de convivial, nous voulons ouvrir un lieu accessible à tous les publics, autour du deux roues et de l’alimentation de qualité. On s’est inspiré des autres cafés cyclistes à travers l’Europe et du phénomène des guinguettes dans les parcs de Bruxelles. Nous sommes à la recherche d’un lieu définitif, nous avons testé le concept une première fois en mode pop-up à Etterbeek durant l’été 2017 et, en 2018 pour une deuxième édition plus élaborée de mai à juillet à Molenbeek. »

Vous l’aurez compris, la petite reine devient grande. Que ce soit sur les routes, dans les entreprises ou même au café, le vélo s’invite partout. Longue vie aux deux roues !

Les cafés-cyclistes, la nouvelle tendance. Crédits : Tandem.


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